Bécassine °

Bruno Podalydès

L'histoire

Bécassine naît dans une modeste ferme bretonne, un jour où des bécasses survolent le village. Devenue adulte, sa naïveté d’enfant reste intacte. Elle rêve de rejoindre Paris mais sa rencontre avec Loulotte, petit bébé adopté par la marquise de Grand-Air va bouleverser sa vie.

Avec

Emeline Bayart, Karin Viard, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Bruno Podalydès, Josiane Balasko, Isabelle Candelier, Philippe Uchan, Maya Compagnie, Vimala Pons

Sorti

le 20 juin 2018


La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

L'ennui de la désuétude

 

Bécassine, le bouquin, pas vraiment une BD, c'était complètement ringard, désuet autant dans sa forme que dans ses pauvres récits, racontant les déboires d'une fille simple venant de la campagne, au service de bourgeois… Le souvenir est flou, très flou, et dans le même genre, il y avait le sapeur Camembert, beaucoup plus drôle et percutant.
Mais les frères Podalydès, c'est Adieu Berthe ou Comme un avion, ils allaient donc dépoussiérer cette bécasse, lui inventer une vie hallucinée ou la faire partir dans les limbes d'une imagination débordante. Que nenni. C'est la désuétude élevée au rang de la seule source d'inspiration. Comme si le refus de faire un cinéma d'aujourd'hui était un but en soi. Encore faut-il avoir un sujet. Et Bécassine n'en est pas un. Sur le fond, c'est une demi-cruche, demi-illuminée dont on perçoit qu'elle aurait pu connaître des désillusions, des mélancolies… mais rien n'est exploité, tout le récit reste au ras de son costume immonde (oh, ce vert, ça pique les yeux...), les pseudo-gags ne fonctionnent pas, les personnages sont flous, réduits au stade de marionnettes girouettes, Karin Viard s'ennuie, Bruno Podalydès semble ne pas y croire, sans doute préoccupé par sa mise en scène, Denis Podalydès surnage mais refait le mi-bougon mi-attendri, Emeline Bayart sur-joue en continu. Mais ce qui réduit le film à une occasion de faire une petite sieste au frais (vive la clim… ou pas), c'est la totale absence de rythme, l'aspect bricolage qui parfois apporte une goutte de poésie (les ballons lumineux) mais qui la plupart du temps rame, rame comme dans un mauvais sketch télé (la machine à éjecter les œufs…).
Bon, cela devait être une commande impossible à refuser, on a bien sûr le droit à l'erreur, mais là, ça n'est pas loin d'être le navet de l'année.

 

Vos commentaires pour ce film

J’adôôôre …… les Podalydes !
Ce sont des poètes ; drôles, brillants, profonds et légers. Je dis « les Podalydes » tant on sent l’affection entre eux deux quand on les écoute ; tant on sent que le film de Bruno ne serait pas tout à fait le même sans Denis.
Bon, comme ça, de prime abord, «Bécassine », la BD, j’avoue que j’étais moyennement tenté : peur que les blagounettes des années 30/40 ne soient un peu jaunies, peur d’une succession de petites scénettes, peur d’un message subliminal un peu lourdingue reliant la petite bretonne rêvant de Paris et les phénomènes migratoires contemporains, peur de l’ennui, …
Si ça n’avait pas été Bruno Podalydes (ou Chabat peut-être), j’aurai surement zappé pour me concentrer sur Corée-Sénégal ou Argentine-Croatie.
Mais voilà, …
Pas d’ennui. Des sourires presque tout le temps. Des sourires d’enfant. C’est un conte, avec un scénario « original » qui tient la route et quelques jolis clins d’œil métaphoriques sur l’illusion de l’argent et du pouvoir.

Là, je viens de lire, assez stupéfait, un article de Yann Queffelec qui descend le film de manière radicale en soulignant que « bécassine » apparaît encore et toujours comme « la bouseuse en manque de tour Eiffel, la connasse intégrale », alors même qu’elle est « l’autre , celui qu’on aime pas : la femme, l’étranger, les vieux, les … bretons ! »
Franchement, la critique en parisianisme jacobin, sur le coup, ça m’avait échappé ! Mais qu’un gars intelligent comme Yann Queffelec le relève … ça donne au film une dimension « politique » assez effrayante. C’est clair, on ne peut plus rire de tout aujourd’hui. On ne peut rire de rien ; avec tout le monde.


Thierry D., le 24 juin 2018

 

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