Un homme charmant *

Ariel Rotter

L'histoire

Quelques semaines après l’accident qui a coûté la vie à son frère et à son mari, Luisa revient peu à peu à la réalité. Un soir, elle fait la connaissance d’Ernesto, qui tombe aussitôt amoureux d’elle.

Avec

Erica Rivas, Marcelo Subiotto, Susana Pampin

Sorti

le 20 avril 2016


La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

Délicate indélicatesse

 

On dit très (trop) souvent des films en noir et blanc qu'ils ont une image magnifique, qu'ils sont élégants… Comme s'il n'y avait que cela à retenir. Cet homme charmant suscite aussi cette admiration formelle : la photo est (vraiment) très belle, et l'élégance est de mise. Mais cette beauté n'a rien de gratuit : elle sert le propos, une amertume terrible sous des abords de douceur et de délicatesse. Tiens, "la Délicatesse…", le roman de Foenkinos puis le film traitaient aussi du veuvage d'une femme et d'un homme épris de la veuve. Mais il s'agissait d'une toute autre époque, d'une société très différente. Ici, cet homme et cette femme vivent dans les années 60, en Argentine, dans un univers très bourgeois, où la solitude pour une femme mère de deux enfants est particulièrement compliquée.
L'histoire avance à pas feutrés, mais implacablement. Le piège se referme doucement, sans que la femme puisse s'en échapper. Le metteur en scène choisit de montrer le point de vue de cette dernière, par petites touches incroyablement justes : les dialogues sont rares, et avec parfois presque rien, on devine tout. Ainsi lors de la première rencontre, les deux têtes vues de dos qui se frôlent, avec attirance mais aussi beaucoup d'hésitations. Ou bien lorsque la femme se déshabille sous le regard de l'homme, scène à la fois sensuelle et comme une souffrance. Il y a beaucoup de lenteurs calculées, des attentes, une grande tendresse entre la femme et ses deux petites filles. L'homme n'est absolument pas montré comme un monstre, il est réellement amoureux mais son insistance qui dans un autre cas pourrait être touchante (et elle l'est, parfois) devient très indélicate…
C'est un très beau film, à tous les points de vue, osant l'absence de musique illustrative, et mettant en lumière une actrice très étonnante : Erica Rivas, complètement à l'opposé de ce qu'elle faisait dans "Les nouveaux sauvages"… La mariée qui explosait tout, c'était elle ! A l'heure où l'on a l'impression de voir des acteurs et actrices refaire de film en film à peu près toujours le même rôle, quel formidable contrepied !

 

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