Vénus noire *

Abdellatif Kechiche

L'histoire

Au 19ème siècle, la vie et la mort de Saartjie Baartman, jeune femme sud-africaine exhibée telle une bête curieuse, dans les foires et les salons, puis devant des scientifiques.

Avec

Yahima Torres, André Jacobs, Olivier Gourmet, Elina Löwensohn, François Marthouret

Sorti

le 27 octobre 2010

La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

L’Humanité défaite

 

Rarement un film donne à ce point une impression de malaise de la part du spectateur, d’autant plus si ce dernier est un homme blanc… On peut en sortir avec une envie de se cacher, une honte de faire partie de cette civilisation bien pensante et terriblement malfaisante. Le talent de Kechiche est éclatant, ce pourrait être un plaisir de retrouver ce qui fait la force de sa mise en scène, l’insistance, la longueur, la lourdeur parfois mais jamais gratuite : les scènes interminables qui montrent Saartjie Baartman donnée en pâture aux regards puis aux mains des uns et des autres ont une force effroyable. De même, on retrouve la direction d’acteurs de Kechiche, absolument radicale. Après Sara Forestier qui dans l’esquive donnait l’impression de n’avoir jamais parlé autrement qu’avec le langage des banlieues, après Hafsia Herzi qui illuminait la graine et le mulet, voici Yahima Torres, atone, amorphe, étonnamment passive et du coup désespérément crédible.
Toutes les scènes se ressemblent et ont la même structure, la jeune femme est montrée, mise en scène, on fait croire à ceux qui regardent qu’elle n’est qu’une sauvage arriérée, et les voyeurs font comme s’ils y croyaient. Même les passages avec les scientifiques n’échappent pas à ce procédé, et sous des abords plus civilisés, les savants sont finalement les pires (séquence terrifiante de la réception du corps de Saartjie Baartman dans le laboratoire, et tout ce qui s’ensuit…). Pourtant, malgré ces répétitions, chaque nouvelle scène apporte son lot d’horreurs et d’indignation.
Le réalisateur prouve donc une nouvelle fois qu’il fait partie des grands mais cette fois-ci, son film est profondément dérangeant, absolument inconfortable. Ses œuvres précédentes n’étaient pas non plus tout en miel ou en caresses, mais elles irradiaient, elles donnaient de l’espoir, elles étaient porteuses d’énergie, elles donnaient parfois des claques au spectateur mais pour mieux l’embrasser ensuite. Dans Vénus noire, l’énergie est dévastatrice, elle est du côté des bourreaux, on sent de la colère dans les images, dans le montage, dans la bande-son. Le film est fait pour acculer ceux qui observent, pour nous mettre dans la position de ceux qui regardent, des voyeurs, de ceux qui touchent, des malfaisants. Film terrible, dont on sort épuisé, rincé, défait.

 

 

 

 

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