Valeur sentimentale **

Joachim Trier

L'histoire

Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.


Avec

Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning

Sorti

le 20 août 2025


La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

Ample complexité

 

Complexe et offrant de multiples lectures, ce nouveau film de Joachim Trier centre le récit sur quatre personnages principaux, et permet ainsi d'ouvrir plusieurs fils conducteurs, qui ont à voir avec la famille, l'engagement, le travail théâtral, l'attachement aux lieux, le poids du passé… Cette richesse de sujets pourrait plomber le film, ou l'éparpiller, il n'en est rien, la narration est fluide, entremêle les époques, les points de vue des différents protagonistes, les jeux de relations. La façon dont le réalisateur, qui est aussi co-scénariste, expose puis développe les différents enjeux, est tout à la fois rigoureuse comme dans un film de Farhadi ou une pièce de Wajdi Mouawad, ludique et parfois tragiquement drôle comme dans un roman de Kundera, subtile et intimiste comme du Tchekhov, ample et puissante comme une œuvre romantique du 19ème siècle. Le travail sur la forme est aussi impressionnant, la lumière froide ou chaude, l'ambiance sonore feutrée, l'apport original de la musique, le montage formidablement sec, tout fait de ce film une œuvre complète, prenante, créative en diable, refusant la simplicité. Les actrices (Renate Reinsve, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning) et Stellan Skarsgård font des miracles en parvenant à être complètement justes, ambigus, fragiles, pleins de contradictions. Ne loupez pas ce grand film…

 

Vos commentaires pour ce film

Parfait, mais presque un peu trop (pour moi) !
Le scénario est ciselé et tourne autour du thème central de la transmission/reproduction des histoires et névroses familiales, des absences. Les personnages sont, certes complexes, mais (trop) parfaitement dessinés, figés dans leur "statut" ; en particulier Gustav, le papa/artiste/boomer brillant mais autocentré et Nora, son reflet, artiste également, tout en douleur. Et la maison aussi, charmante et singulière, à la fois refuge, écrin des secrets, théâtre des drames et dont il est bien souligné qu'elle est fissurée (comme un exemple de choses un peu trop soulignées) !
Les acteurs.trices sont formidables, mais sans faille dans les failles. Un coup de cœur néanmoins pour le personnage de Rachel, l'actrice américaine, qui m'a semblé être le plus flottant, le plus incertain dans ses évolutions, le plus attachant.
Bien sûr, l'histoire est intéressante et touchante, mais j'ai eu le sentiment d'être mis à distance : les séquences se succèdent et apportent méthodiquement des réponses à toutes les questions qu'on se pose : pour moi, pas assez de place laissée à l'interprétation, au mystère ; et à l'émotion aussi en conséquence.


Thierry D. le 1er septembre 2025

 

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