Complexe et offrant de multiples
lectures, ce nouveau film de Joachim Trier centre le récit
sur quatre personnages principaux, et permet ainsi d'ouvrir plusieurs
fils conducteurs, qui ont à voir avec la famille, l'engagement,
le travail théâtral, l'attachement aux lieux, le poids
du passé… Cette richesse de sujets pourrait plomber
le film, ou l'éparpiller, il n'en est rien, la narration
est fluide, entremêle les époques, les points de vue
des différents protagonistes, les jeux de relations. La façon
dont le réalisateur, qui est aussi co-scénariste,
expose puis développe les différents enjeux, est tout
à la fois rigoureuse comme dans un film de Farhadi ou une
pièce de Wajdi Mouawad, ludique et parfois tragiquement drôle
comme dans un roman de Kundera, subtile et intimiste comme du Tchekhov,
ample et puissante comme une œuvre romantique du 19ème
siècle. Le travail sur la forme est aussi impressionnant,
la lumière froide ou chaude, l'ambiance sonore feutrée,
l'apport original de la musique, le montage formidablement sec,
tout fait de ce film une œuvre complète, prenante, créative
en diable, refusant la simplicité. Les actrices (Renate Reinsve,
Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning) et Stellan Skarsgård
font des miracles en parvenant à être complètement
justes, ambigus, fragiles, pleins de contradictions. Ne loupez pas
ce grand film…