Merci patron ! *

François Ruffin

L'histoire

Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C'est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver.

Documentaire

Sorti

le 24 février 2016


La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

Ruffin des bois

 

C'est un mini Robin des bois, ce François Ruffin… Un Robin des bois en habit de journaliste, un peu pour rire, un peu pour interpeler la conscience de chacun. Et ça marche ! Le récit fonctionne en deux parties, la première ressemble à un documentaire de Michael Moore, avec interviews ironiques menées par le journaliste-réalisateur se posant en faux candide, en faux admirateur de Bernard Arnault. C'est assez mordant, mais cela s'apparente à du reportage télé d'investigation, clairement anticapitaliste. Cela fait du bien, mais ce n'est pas très novateur.
Puis la deuxième partie, s'amorçant à l'occasion d'une rencontre avec une famille au bord de la misère, quitte le registre du documentaire pur et fait entrer le film dans un transgenre à la multiplicité étonnante : dénonciation de pratiques visant à noyer la contestation, espionnage avec caméras et micros cachés sans oublier les agents infiltrés, chronique sociale de quelques "gens de peu", comédie à la Chaplin où les riches sont les larrons de la farce…
Au bout du compte, le spectateur jubile, souhaite de tout cœur que l'entreprise mi-farce mi-arnaque réussisse, que le pauvre triomphe et sauve sa peau en ayant égratigné un peu de l'empire du luxe dont Bernard Arnault est le souverain.
Puis vient le temps de la réflexion, avec un peu de recul. Et la morale peut être, malheureusement, double. Certes, le film dit qu'avec de l'audace, les petits peuvent déranger les puissants, les faire douter de leur pouvoir, rabattre un peu de leur arrogance, montrer aux yeux de tous que sous leur aspect très propre et très légal, se cachent pas mal de mensonges et de malversations. Mais on peut aussi tomber de son fauteuil en se rendant compte que les contre-pouvoirs sont ici dérisoires, qu'ils représentent peut-être la part d'acceptable pour ces milliardaires et leurs sbires. Finalement, de ce mini-scandale, ils se relèveront vite, et d'ici quelques mois, le film sera passé dans la catégorie des comédies impertinentes nécessaires à la bonne marche de ce monde, démocratique en apparence, de plus en plus inégalitaire en réalité. Il en faudrait un paquet, de journalistes comme François Ruffin, pour fendiller la toute puissance de quelques êtres immondes qui détiennent tant de richesse, sans aucune moralité…

 

Vos commentaires pour ce film

Merci François Ruffin de nous faire rire tout en dénonçant les "abus" des milliardaires du CAC 40 !! Toute la salle en communion, qui s'esclaffe devant l'intelligence et la ruse de sioux de ce journaliste qui l'air de rien fait trembler les puissants ! À voir, à voir, à voir absolument !!!

Argantael, le 26 mars 2016


Bon, … je ne suis pas très à l’aise ; une petite gêne.
Vu hier le « Merci patron » « de Ruffin. Ma petite critique, faite dans la foulée, aurait sûrement mis en avant les nombreux sourires, la jubilation, en découvrant le (petit) piège qui se referme sur Bernard Arnaud, l’humour de François Ruffin face au cynisme de LVMH, les applaudissements de la salle à la fin … ah les salauds ! bien joué !!
Ce matin, mon impression est plus mitigée. Ce ne sont pas les « petits » qui dérangent les puissants, mais un journaliste malin, qui est bien sûr dans la contestation, mais qui est dans le système ; qui utilise les armes qu’il dénonce.
Les petits, la famille Klur en l’occurrence, sont un peu instrumentalisés dans cette histoire. Leur avis ne compte pas vraiment. Même le fils s’efface, remplacé par Ruffin. Il n’aurait sûrement pas su faire face ! pas assez cynique.
Je crois que François Ruffin est sincère. Qu’il a du talent et de l’humour. Mais que dit ce film finalement ? Que le gouffre est abyssal entre les Klur et Arnault. Certes. Mais qu’il est aussi abyssal entre les Klur et Ruffin, entre les Klur et tous ceux qui vont voir le film et qui applaudissent à la fin.
On est fracturés. Du coup, j’ai presque honte de mes sourires d’hier. Ils étaient (trop) faciles.
Une petite gêne.


Thierry D. le 17 avril 2016

 

Une sorte de nausée à la sortie quand des pakistanais dans la rue crient « Fakir ! Fakir ! achetez le journal Fakir ! »
De la tristesse pour les 200 qui n’ont pas été instrumentalisés par Ruffin. Une franche poilade à voir les « malins » se faire rouler dans la farine. Ce malaise de se sentir entre nous. Contente tout de même de payer ma place dans ce ciné indépendant (je crois que ça leur fait du bien quand même, au regard des entrées de ces derniers temps.) de chouettes discussions avec nos enfants . pas mal d’émotions au final ;)

j’adhère à cette critique ! « Un mélange de flibuste cinématographique, de lutte idéologique et de satire bien trempée, qui suscite à la fois enthousiasme et réserve. Karl Marx, version caméra cachée. Bakounine, en vidéo gag. »

Agnès L, le 25 avril 2016


 

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