En guerre **

Stéphane Brizé

L'histoire

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte-parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

Avec

Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, Olivier Lemaire, Isabelle Rufin, Bruno Bourthol, Sébastien Vamelle

Sorti

le 16 mai 2018


La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

Violence institutionnelle

 

Filmé comme un documentaire, jouant avec les codes des images que l'on peut voir lors de conflits sociaux mais n'oubliant pas d'être un long métrage à destination de spectateurs, En guerre est une œuvre lourde, puissante, éprouvante, et terriblement violente. Non pas de cette violence physique qui émaille bon nombre de productions cinématographiques, non, une violence plus sourde, tapie sous le couvert des lois, une violence institutionnelle, un rouleau compresseur financier, économique, d'une force terrible. Lorsque des ouvriers se battent pour éviter la fermeture de leur usine (pourtant rentable), ils se heurtent à un mur, des types qui parlent doucement et qui ont pourtant les mots qui tranchent, des individus qui n'ont que la loi du marché et les bénéfices pour valeurs. Les ouvriers, eux, ont le verbe haut, parfois injurieux, et en dernier recours, s'expriment par une violence physique, une violence de pauvres, beaucoup plus spectaculaire que leurs adversaires tout puissants (et du coup, repassée en boucle sur les réseaux sociaux et les chaines d'informations) mais beaucoup moins efficace, une violence vaine, désespérée, dérisoire et inutile bien sûr mais tellement compréhensible parce que leur colère est immense face à ceux qui tuent à petit feu, qui broient des vies, des familles, des amitiés, et qui savent qu'au final, ils auront gain de cause. Ce n'est absolument pas drôle mais c'est d'un bout à l'autre passionnant, le spectateur est happé par tout ce qui se passe, par tout ce qui se dit, par la façon dont les choses sont dites. Lindon est énorme, d'une crédibilité hallucinante, et sa performance est d'autant plus remarquable qu'il est entouré de comédiens non professionnels qui interprètent pour les uns des ouvriers, des syndicalistes embarqués dans la même galère que le personnage joué par Lindon, pour les autres des dirigeants qui passent leur temps à en gagner, parce qu'ils savent que la lassitude et la désunion viendront à bout de la révolte. Et toutes ces personnes sont incroyablement justes.
La guerre est bien là, la lutte des classes veut encore dire quelque chose, et l'absurdité de la doctrine économique dominante est criante. Cela fait bien plus peur que n'importe quel film d'horreur.

 

Vos commentaires pour ce film

Un drame social, un vrai qui résonne avec l’actualité.
Vincent Lindon enragé occupe tout le récit, en guerre contre la direction faussement compatissante, en guerre contre les autres salariés désespérés, en guerre contre les autres, les autres syndicats (solidarité pas toujours facile à garder) et aussi en guerre contre lui même.
Violence physique, intensité des mots, morale brutale… La fin est lourde.


Dominique P, le 26 mai 2018

 

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