12 jours *

Raymond Depardon

L'histoire

Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

Documentaire



Sorti

le 29 novembre 2017


La fiche allociné

 

 

La critique d'al 1

La sagesse des fous, et vice versa…

 

Y a-t-il vraiment besoin, au cinéma, d'inventer une histoire pleine de rebondissements et de personnages attachants pour émouvoir au plus profond ? Ce qui nous est donné à voir et à entendre dans ce documentaire, ce sont des tranches de vérité, les unes derrière les autres, révélant plus de failles du système de santé et de ses à-côtés judiciaires que d'éléments de bien être apportés aux patients. Et les personnes à l'écran, folles ou pas, sont bien des personnages de cinéma. Cela a beau être un documentaire, il y a une émotion terrible qui se dégage de ces quelques scènes. D'un côté, des individus atteints de troubles psychiatriques, légers ou lourds. De l'autre, des magistrats à l'écoute des patients. Ils ne sont pas médecins et le répètent souvent, ils sont parfois effarés mais le montrent le moins possible. Tout l'intérêt du film réside dans ces confrontations, non pour le très léger suspense qui pourrait parfois s'instaurer (les patients auront-ils gain de cause, obtiendront-ils ce qu'ils viennent tous ou presque chercher : l'arrêt de leur internement), mais parce qu'elles reflètent le désarroi humain face à la perte de la raison.
Désarroi des juges et des avocats qui écoutent avec bienveillance mais celle-ci atteint très vite ses limites : les juges semblent parler une autre langue que celle des patients, même s'ils cherchent à se faire comprendre, ils paraissent parfois débordés par les pensées désordonnées, par les mots qui claquent ou s'égarent. Ils tentent de recadrer, de reformuler, d'expliquer, en vain le plus souvent : ce ne sont pas les mercis des patients qui clôturent presque toujours les entretiens qui peuvent leurrer, les échanges sont le plus souvent des communications échouées…
Désarroi des patients dans ces regards fixes, ces paroles embrumées, ces réflexions délirantes et soudain, au détour d'une question, une réplique cinglante et terriblement censée et à cet instant, la citation de Foucault mise en préambule apparaît dans toute sa pertinence : “De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou.” Oui, nous sommes, nous spectateurs, du côté des magistrats, pleins de raison face à la folie, mais nous sommes aussi, parfois, l'un de ceux qui ont glissé et se sont mis en dehors de ce monde ultra normé.
La folie est terrible, parce qu'elle est potentiellement en chacun de nous, elle ne déclenche le rire (et oui, parfois cela fait rire) que pour éviter les pleurs et le désespoir.

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